Cette semaine, le tribunal de Meaux a été confronté à une situation inédite : comment juger un animal et quelle peut-être la responsabilité de son propriétaire, surtout s’il est impliqué dans un accident mortel ? Tout a commencé le 8 septembre dernier. Le cirque d’Europe a pris ses quartiers dans la commune de Lizy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne). Juste après être passée sur scène, l’éléphante de la troupe, Tanya, qui venait d’être raccompagnée dans son enclos électrifié attrape une bâche. Elle la jette sur les fils électriques et s’échappe. De là, elle se dirige vers un groupe d’hommes en train de participer à un tournoi de pétanque.

C’est là que l’animal assène un coup de trompe à l’un d’eux. Coup qui sera fatal à l’octogénaire, malgré la rapide intervention des secours. Ce lundi soir, le parquet a requis une amende de 800 euros, dont la moitié avec sursis, pour homicide involontaire, à l’encontre du propriétaire de Tanya. Dans cette affaire, il y a « une adjonction de comportements fautifs », a déclaré la procureure Hélène Collet. « L’éléphant a été laissé sans surveillance après son numéro, alors qu’il était énervé », a-t-elle notamment souligné.

Mauvais traitements ?

Aux enquêteurs, le propriétaire du cirque avait raconté que « normalement, l’éléphant n’aurait pas dû pouvoir attraper cette bâche », qui protégeait sa réserve de foin de la pluie. L’animal, qui travaille dans le cirque depuis 25 ans, avait déjà provoqué des courts-circuits en s’attaquant à sa barrière électrique avec des branchages. Avait-on négligemment laissé traîner la bâche dans l’enclos, ou le vent l’a-t-il mise à portée de trompe de l’animal ? La question reste en suspens, M. Aucante n’ayant pas été interrogé par les gendarmes sur ce point et ne s’étant pas présenté à l’audience – son cirque est en tournée.

Mêmes doutes à propos des conditions de vie dans le cirque, dénoncées de longue date par les défenseurs des animaux. La souffrance psychique de Tanya a pu la rendre agressive. Le tribunal n’a pu s’appuyer que sur les photos de l’enclos prises le jour du drame, les spécialistes de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) n’ayant visité le cirque que trois jours après, alors qu’il a déjà déménagé. « Ces animaux n’ont rien à faire dans les cirques », a déclaré en marge de l’audience la présidente de l’association One Voice, Muriel Arnal. « Ce sont des animaux sociaux, qui ont besoin de deux à trois heures de marche par jour et sont en souffrance » sous les chapiteaux, a-t-elle ajouté.

Le jugement doit être rendu le 28 juillet.