23 déc 2011
by michellechagnon36
in HUILE DE PALME

Symbole de la fragilité de la biodiversité, l’orang-outan (Pongo pygmaeus) est classé comme espèce en danger critique d’extinction dans la liste rouge de l’UICN. AFP/JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN
Le point commun entre les orangs-outans d’Indonésie et le FC Barcelone ? Carles Puyol. Le capitaine du club de football espagnol, victorieux de la Coupe du monde 2010, a accepté d’être le porte-parole de ces paisibles primates, dont la population diminue chaque année du fait de la déforestation et du braconnage. Editées par le Partenariat pour la survie des grands singes (Grasp, Nations unies) et l’association International Animal Rescue, les affiches de cette campagne de sensibilisation montrent le sportif vedette debout devant des photos d’orangs-outans emprisonnés ou maltraités, avec cette interpellation : “I Care. Do you ?” (“Je m’en préoccupe ? Et vous ?”)
Il y a urgence. Le grand singe roux, avec lequel nous partageons environ 98 % de notre patrimoine génétique, ne vit que dans les îles indonésiennes de Bornéo et Sumatra. Sa population y était estimée à plusieurs centaines de milliers d’individus il y a cent vingt ans ; ils ne seraient plus que 65 000 environ et ces effectifs se réduisent un peu plus chaque année. D’ici à vingt ans, l’unique singe anthropoïde d’Asie pourrait avoir disparu de son habitat naturel si la déforestation, menée pour l’essentiel au profit de la production d’huile de palme, continue au rythme actuel. Pour l’orang-outan (“homme de la forêt” en malais), qui se nourrit, s’accouple, se repose et se déplace dans les arbres, le maintien de ce biotope est en effet vital.
A cette menace s’ajoute celle de la chasse, devenue d’autant plus active que les conflits entre l’homme et le grand singe se multiplient. Pour la première fois, une enquête de terrain, menée par l’ONG People and Nature Consulting International auprès des villageois du Kalimatan (la partie indonésienne de Bornéo), a livré sur ce point des informations précises. Publiées dans la revue scientifique PLoS ONE, elles décrivent une situation désolante.
Dirigée par le biologiste Erik Meijaard, de l’Université du Queensland (Brisbane, Australie), cette étude a consisté à interroger, entre avril 2008 et septembre 2009, près de 7 000 personnes vivant dans 687 villages. Les questions portaient sur leur situation socio-économique, leur connaissance de la faune locale et leurs rapports avec les grands singes. Il ressort de cette enquête que, malgré leur statut d’animaux protégés, de 750 à 1 800 orangs-outans ont été tués entre avril 2007 et avril 2008. Ce qui témoigne d’une évolution “positive” par rapport aux années précédentes (meilleure connaissance de la loi ou moindre présence de l’animal ?), puisque les villageois, interrogés sur des périodes plus anciennes, évoquent un tableau de chasse annuel supérieur à 2 000 singes.
Les motifs de ces abattages ? 54 % des réponses évoquent la recherche de viande de brousse, 10 % la protection des cultures, 15 % des conflits survenus dans les villages. L’enquête souligne également le laxisme des autorités indonésiennes, qui ne poursuivent qu’exceptionnellement les contrevenants : 63 % des personnes interrogées reconnaissant avoir tué un de ces primates admettent savoir qu’ils sont protégés par la loi.
Il est malheureusement probable que les tensions entre les Indonésiens et les grands singes arboricoles ne s’apaiseront pas de sitôt. “L’orang-outan a de grandes capa cités d’adaptation. Lorsque la forêt tropicale, qui constitue son habitat naturel, se transforme en plantations de palmiers à huile, il apprend à se nourrir des fruits de pal mier”, constate Yaya Rayadin, chercheur à l’université de Mulawarman (Samarinda, Bornéo). Fruits dont est précisément extraite la précieuse huile… D’où d’inévitables conflits.
DEUX ESPÈCES
Le 21 novembre, le Jakarta Globe rapportait ainsi l’arrestation, dans le Kalimantan oriental, de deux hommes qui ont reconnu avoir tué plus d’une vingtaine d’orangs-outans en échange de récompenses offertes par des propriétaires de plantations de palmiers à huile.
Motif d’inquiétude supplémentaire pour les défenseurs des grands singes : une étude, publiée début 2011 dans la revue Nature, sous l’égide du Centre génomique de l’université Washington (Saint Louis, Etats-Unis), a permis de comparer la diversité génétique des deux espèces d’orangs-outans, celle de Bornéo (Pongo pygmaeus) et celle de Sumatra (Pongo abelii). Cette dernière, dont les effectifs se réduisent désormais à quelque 7 000 individus, n’en a pas moins conservé une assez grande diversité génétique. La première, en revanche, présente un génome relativement semblable d’un individu à un autre, ce qui la rend plus vulnérable aux changements de milieu et aux maladies. Pour ses 50 000 à 60 000 représentants, il s’agit d’une mauvaise nouvelle de plus.
Catherine Vincent
viaL’”homme de la forêt” victime de l’huile de palme – LeMonde.fr.
08 déc 2010
by michellechagnon36
in HUILE DE PALME
Socapalm au Cameroun, l’épine du groupe Bolloré
Par David Servenay | Rue89 |
Spoliation, pollution et « climat de terreur » : l’édifiante enquête associative sur la plantation de palmiers.
Après les enquêtes journalistiques, un collectif d’associations dévoile trois ans d’enquête sur la Socapalm, la plus importante plantation de palmiers du Cameroun. Une société, contrôlée par les groupe Bolloré et Fabri, aux pratiques sociales et environnementales contestées. Rue89 a lu le dossier.
Quatre associations ont regroupé leurs forces pour enquêter sur les pratiques de la Socapalm :
deux au Cameroun, le Centre pour le développement et l’environnement (CED) et la Fondation camerounaise d’actions rationalisées et de formation sur l’environnement (Focarfe) ;
une en France, l’association Sherpa ;
une en Allemagne, Misereor.
Socapalm fait l’objet d’un montage financier complexe. Les bénéfices de l’exploitation d’huile de palme sont rapatriés vers deux holdings luxembourgeoises, afin de payer moins d’impôts sur les sociétés. (Voir l’organigramme tiré de l’enquête, cliquer pour agrandir dans un nouvel onglet ou une nouvelle fenêtre)
Un petit empire de l’huile de palme
Pour les néophytes, la Société camerounaise de palmeraies, c’est :
78 529 hectares de surface concédée (près de 110 000 terrains de football) ;
25 998 hectares de surface exploitée (36 000 terrains de foot) ;
18 265 hectares de plantations villageoises encadrées (25 000 terrains de foot).
Avec ses cinq plantations, la Socapalm a une capacité de production de 132 tonnes/heure, grâce à laquelle elle pèse pour 42% du marché de l’huile brute.
Dans sa note d’information pour son introduction à la Bourse de Douala, début 2009, la société fait état de :
1 314 salariés (dont 603 ouvriers et 83 manœuvres) ;
2 338 « planteurs privés (sous-traitants) » qui livrent leur production à la société ;
2 500 à 3 000 ouvriers employés par des sous-traitants pour la récolte et le transport des régimes.
Plus de 30 000 personnes « dépendent directement de l’entreprise », dont 15 000 vivent dans les vingt villages répartis dans les plantations. Bref, un petit empire de la palme.
Des bénéfices économiques aléatoires pour les autochtones
Bolloré, menaces de procès
L’exercice des associations est risqué : depuis sa victoire au printemps en diffamation contre France Inter, Bolloré menace
systématiquement de poursuites les journalistes qui travaillent sur le sujet.
Aussi ces associations ont-elles choisi de déposer ce mardi une « circonstance spécifique » devant les points de contact nationaux (PCN) belge, français et luxembourgeois. Les PCN sont des délégations auprès de l’OCDE chargées de faire respecter les normes internationales en matières économique et sociale. Ils n’ont pas de pouvoir coercitif.
Lors du procès en diffamation, le tribunal avait retenu la bonne foi de France Inter sur le cas de la Socapalm, ancienne société d’Etat privatisée en 2000 au bénéfice des groupes français Bolloré et belge Fabri.
Les avocats de Bolloré avaient d’ailleurs fait profil bas sur la Socapalm. Ils se sont même désistés d’une seconde procédure en diffamation engagée contre la photographe Isabelle Alexandra Ricq (dont les photos, plus bas, illustrent cet article), arguant d’« excuses » avancées par la direction de Radio France. Un motif contesté par l’avocat de la radio.
A l’époque, Bolloré, étant minoritaire et n’ayant pas la main sur le management opérationnel, estime que le débat ne le concerne pas vraiment.
Contacté lundi matin par Rue89, le groupe nous a d’abord avancé le même argument : étant « actionnaire minoritaire », il n’est pas « gestionnaire » de la Socapalm, avant d’ajouter par la voix de son directeur juridique :
« Nous n’avons pas les informations et si vous ne nous laissez pas le temps nécessaire pour vous répondre, nous en tirerons toutes les conséquences, y compris en matière de diffamation. »
Si la Socapalm fait vivre des milliers de personnes, il n’est pas certain que cela soit au bénéfice des autochtones, notamment les populations pygmées « bagyéli » originaires de la région. En théorie, le Socapalm n’a pas le droit de replanter des palmiers sur les parcelles situées autour des villages.
Dans les faits, dit la plainte, « il est devenu impossible pour de nombreux villageois de planter un jardin de case à proximité de leur habitation ». Cette pression foncière se double d’une rivalité entre les locaux et les travailleurs de l’entreprise, souvent originaires d’autres régions, comme le précise la plainte :
« Accentuée par la croissance démographique, cette rareté de la ressource foncière prive les petits
agriculteurs de leurs moyens de subsistance et constitue un vecteur important de conflits entre les populations locales et les allogènes.
En effet, la main d’œuvre allogène qu’emploie la Socapalm se trouve en compétition avec les populations autochtones pour l’accès et l’utilisation des terres. »
Concrètement, cela signifie que les bénéfices liés à l’emploi dans la Socapalm ne vont pas forcément aux locaux :
« Ainsi, il ressort d’un recensement mené fin juin auprès de la population du village de Pongo Aviation (riverain de la plantation de Kienké) qu’à peine plus de 8% de la population active du village était embauchée à la Socapalm.
En effet, sur les 167 personnes interrogées, 131 pouvaient être considérées comme étant aptes à travailler ; or, seulement 11 d’entre elles jouissaient d’un emploi au sein de la Socapalm. »
Enfin, les « planteurs villageois », privés, qui livrent leur production aux usines, ne sont pas vraiment soutenus par le groupe qui néglige, par exemple, l’entretien des pistes leur permettant d’apporter leur production.
En 1998, la loi portant sur le régime de l’eau impose aux entreprises du Cameroun de lutter contre la pollution des eaux. L’Etat accorde à la Socapalm une « période de grâce de trois ans » pour se mettre en conformité avec la loi, mais :
« Plus de sept ans après l’expiration du délai de grâce, force est de constater que les mesures prises par la Socapalm sont bien peu efficaces puisqu’elles n’ont pas permis à la Socapalm de se conformer aux textes en vigueur en matière de traitement des effluents et de protection des cours d’eau. »
Sur place, les ONG constatent :
le déversement « anarchique » des « huiles usagées émanant des huileries ».
« Mélange de boues et de produits chimiques, ces huiles usagées diffusent une odeur nauséabonde difficilement supportable. »
»Il apparaît en outre que le personnel de la Socapalm n’hésite pas à procéder au nettoyage de leur matériel dans ces mêmes cours d’eau exposant ainsi les populations locales au risque de consommer des produits toxiques.
En effet, des agents de la Socapalm ont été surpris en train de nettoyer dans des cours d’eau les bidons qu’ils utilisent pour disperser les engrais et les pesticides dans les palmeraies. »
Sans parler de la pollution de l’air, l’usine rejetant « de grandes quantités de nuages de poussières ».
Africa Security, un sous-traitant hors-la-loi ?
Alors que les villageois assuraient eux-mêmes la sécurité des plantations, le nouvel exploitant a fait appel aux services d’Africa Security Cameroun SARL. La société est dirigée par Patrick Turpin, un ancien officier français.
Dans un « climat de terreur », les agents de cette société auraient commis de nombreuses exactions :
fouilles inopinées des domiciles des suspects de vol,
confiscation de presse à noix de palme ,
actes de sabotage,
passage à tabac de villageois,
destruction d’habitations…
Les ONG font état de l’histoire d’une jeune femme ayant croisé les agents d’Africa Security :
« Le 15 août 2005, Hélène Mbelle se rend au village de Mbonjo pour y acheter de l’huile de palme auprès de planteurs locaux.
Retournant à son village à bord de son véhicule avec un bidon d’huile, elle se fait arrêter par des agents d’Africa Security qui se disent chargés de retrouver de l’huile de palme de contrebande.
Pour avoir demandé des explications quant à leur manière de procéder, elle fut battue par lesdits agents qui lui ont par ailleurs confisqué son huile de palme et soutiré les 185 000 francs CFA qu’elle avait en sa possession.
Le certificat médico-légal établi par le docteur Mbenda le 19 août 2005 a délivré 35 jours d’incapacité à la victime et conclu à la mort du foetus qu’elle portait. »
Et ce cas ne serait pas isolé.
Eau, électricité, sécurité : des promesses non tenues
Le reste peut paraître anecdotique, au regard de ce qui précède. Cela concerne l’ensemble des équipements que la privatisation de la société était censée améliorer dans le cadre des « missions de service public ». Dans le désordre :
un château d’eau qui n’a pas été réhabilité ;
l’électrification des villages de Pongo-Aviation et Bidou II, sur la plantation de la Kienké ;
un registre de doléances pour « établir une communication interactive entre la Socapalm et ses populations riveraines » qui, après dix mois d’existence dans les locaux de l’entreprise, n’est plus disponible.
Plus grave, pour les milliers de travailleurs actifs sur le site, le respect des normes élémentaires de sécurité ne semble toujours pas à l’ordre du jour :
pas de matériel de protection individuel adéquat,
des conteneurs à marchandises pour transporter les ouvriers sur les plantations,
des infrastructures de santé vétustes,
des conditions d’hébergement déplorables pour les familles vivant dans les campements des plantations.
L’ensemble est résumé de la manière suivante :
« Le 12 avril 2010, les délégués du personnel de la plantation de Dibombari ont adressé une nouvelle lettre au directeur général de la Socapalm dans laquelle ils déplorent le manque de considération avec lequel ils sont traités.
On peut notamment y lire : “ Les travailleurs se sentent victimes d’une gestion esclavagiste par laquelle ils n’ont que des devoirs pas de droits. ” »
Pour Bolloré, une question d’image.
viaCameroun : Socapalm, groupe Bolloré, spoliation et pollution – Le blog de Danactu-résistance.
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